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DE LA VILLE DE PARIS.
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par laquelle nous entendons Majesté du Roy Trés Chrestien s'eslever et florir pardessus tout son peuple et tous les roys de la Chreslienté.
Après, marchoit Monseigneur le duc de Mont-morancy, pair et Connestable de France'1', portant l'espée d'armes nue au poing, eslevée devant la face du Roy, qui nous faict entendre à quoy consiste la force et puissance que Dieu a donnée au Roy pour tirer l'espée à l'encontre de malice et de ses enne­mys, persécutant par icelle les mauvais et iniques, délivrant [les pupilles,] les vefves et orphelins dela main de ceulx qui les oppressent, et maintenant justice en liberté >2).
Après, marchoit le Roy Trés Chrestien, vestu d'une robbe de velours fourrée de louservier, la toque de velours noir garnye d'une plume blanche en la teste; et estoit acompaigné de plusieurs barons, chevaliers et gentilzhommes de sa Court.
Après, suyvoit la Court de Parlement, vestuz comme dessus, en bon ordre.
A costé de lad. Court, mess™ des Comptes.
Après lad. Court, les generaulx de la Justice des Aydes.
Après, mess™ les Prevost des Marchans, Esche­vins, Conseillers, Quarteniers et bourgeois de ceste Ville, acompaignez de leurs sergens et archers, comme il est dit cy dessus.
A costé et au dessa de lad. Ville, le Recteur de l'Université avec ses suppostz.
Lad. procession finye, qui se feist à l'entour du cloistre dud. monastere, fut la messe solempnelle­ment chantée par les chantres du Roy ; et faisoit l'of­fice monsr l'Evesque de Paris, l'abbé de S1 Magloire le diacre, et l'abbé de Stc Geneviefve le soubz diacre'3'.
Après lad. messe dicte et célébrée, le Roy s'en alla vers le Sepulchre et monument du feu roy Fran­çoys son pere, et luy aspergea de l'eaue benoiste, se prosterna les genoulx en terre et feist devotement à Dieu son oraison, luy rendit grace de l'heureux et prospère succès qu'i luy avoit pleu donner ceste année
[à ses affaires]. Lors vint le maistre des Ceremo­nyes qui luy présenta et mist sur son chef sa cou­ronne royalle, et en sa main dextre le sceptre, et en la main senestre la main de justice; et en cest ordre monta les degrez, suyvant les Corps Sainctz, et en grande reverence et humilité les remist et posa en leur lieu acoustumé. Lors cesserent toutes les ceremonyes, et s'en retourna chascun en son logis pour illec prandre reffection.
Après le disner, mess" les Prevost des Marchans et Eschevins vestuz de leurs robbes my parties, acom­paignez de leur suitte [messieurs les Conseillers, Quarteniers et bourgeoys de ladicte Ville, et devant eulx les sergens et archers d'icelle Ville], sont allez au logis du Roy où ont trouvé la Court de Parle­ment, plusieurs Ambasadeurs et grans Seigneurs'4'; en la presence desquelz mesd. Sieurs se sont proster­nez un genoul en terre devant la Majesté Royalle, et luy a dit mond. sr le Prevost des Marchans ce qui en suit.
Harangue faicte ah Roy [par Monsieur le Prevost des Marchans].
"Sire,
"La Majesté des Roys est venue par Honneur et Reverence; Honneur et Reverence furent conjoinctz ensemble.
"De celte conjonction est yssue Majesté, qui fut grande dès l'instant mesmes de sa naissance.
...... Honor et Iieverentia quondam
Corpora legitimis imposuere thoris. Hinc sala Majestas...........
Que quo primum est édita tempore magna fuit W.
"Sire,les citoyens, bourgeois et habitans de vostre ville de Paris, voz trés humbles, trés obeyssans, trés affectionnez, trés loyaulx et fidelles subgectz en tout honneur, reverence, humilité etobeysance mes­lée avec crainte et tremeur non servile, mais filialle, dont s'entend ce qui est escript : Servile Domino in
C "Le connestable de Montmorency- : voir page 4, note 4.
(3) La relation du greffier du Parlement, beaucoup moins développée que la nôtre, ne suit pas le même ordre dans la série el le nom des grands Officiers, porteurs des insignes royaux, qu'il expose comme suit: le duc de Montmorency connestable de France portant l'espée nue; le seigneur de Meru, filz dudict seigneur de Montmorency, portant la main de justice; le prince de Ferrare portant le sceptre; le duc de Montpensier portant la couronne sur un orillel de drap d'or. (Dom Félibien, tome IV, Preuves, p. 759.)
'3' Les mots : l'abbé de Saincte Genevieve, manquent au Registre R.
<*> Leçon de R : où se sont trouvez Messieurs du Parlement et plusieurs grans seigneurs, tant ambassadeurs estrangers que aultres, dc la Court dudict Seigneur. — Sur l'ensemble de cette transcription, voir la note 2 de la page précédente.
(5) Les citations latines, dont cette harangue est farcie selon le goût du temps, sont quelque peu estropiées ou appropriées au sujet;